C'est une affaire de noeuds dans
l'estomac, de promenades sur des quais, dans des
entrepôts, sur une plage. C'est une affaire
de noeuds, de liens et de haine, de ruptures et
de nerfs. C'est une affaire de sang et de mort.
C'est un polar, c'est un poème à
la beauté noire et vénéneuse.
Il y a des auteurs qui arrivent comme des accidents,
des collisions. Sans crier gare, sans pedigree
et sans qu'on les ait vu naître, ils débarquent
subitement avec une voix sure et unique. Jean
Dominique Alvès est de ceux là.
On pourrait donner de son univers une description
à même de séduire l'amateur
de bande dessinée ou de cinéma de
genre, un univers qui n'aurait rien à envier
non plus au sordide de certains magazines de reportage
télévisuel, intrigues ou dans des
espaces interlopes se croisent prostituées
et gangsters et aventuriers.
Sur le papier, il en va autrement. Là
ou l'on trouve d'ordinaire la roublardise d'archétypes
narratifs éculés, Alvès impose
un traitement radical de l'image comme du texte.
Dessins aux lignes volontairement pixélisées,
typographie mécanique livrant des phrases
hachées et tranchantes, les deux récits
ont tout du corps noir, froid, presque mort. Pourtant,
à peine s'en approche-t-on, que l'on perçoit
le feu sous la cendre : ils ont tout de la météorite.
Les textes, à la violence sourde et contenue,
scandent les convulsions internes du narrateur.
Les dessins, passés par ce que l'auteur
appelle «repassage graphique», tracent
de manière clinique des circulations, des
silhouettes engagées dans un ballet d'attraction
et de répulsion. Tous les tourments du
corps semblent avoir été contraints
de se réfugier dans une écriture
visuelle autant que littéraire. Ils forment
«un réseau de faisceaux qui se croisent
et tombent dans l'oeil, qui se plaquent au fond
de l'oeil, qui ponctuent et informent l'oeil.»
Dans 08.09.2000, les humains sont observés
comme des insectes sous la lunette d'un scientifique
ou d'un poète. Mais ces deux nouvelles,
on peut aussi les lire comme de classiques épisodes
de bande dessinée d'aventures, des films
de série B fauchés dont l'introduction
serait ainsi formulé : an 2000, après
un cataclysme nucléaire, le monde a été
entièrement digitalisé. Dans les
vestiges de notre civilisation, quelques survivants
se tordent et tentent d'arracher d'eux-même
les dernières sensations.
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Jean-Dominique
Alvès est un
nouveau venu dans le monde de la bande dessinée.
Il vit et travaille à Lyon. 08/09/2000
est son premier livre et il n'a participé
à aucune revue ou publication collective.
Une pure révélation en somme.

Titre après titre, VOX
donnera à lire des auteurs d'aujourd'hui
et fera coexister sous le même format de
la bande dessinée, du roman, de la poésie,
de la photographie, du graphisme, et surtout de
tout ce qu'il peut y avoir entre et à travers.
VOX entend ainsi constituer une proposition
d'espace pour des littératures contemporaines.
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